Football: « Pour un Mbappé, il y a des milliers de jeunes au bord de la route » – clicfoot

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Football: « Pour un Mbappé, il y a des milliers de jeunes au bord de la route »

Football: "Pour un Mbappé, il y a des milliers de jeunes au bord de la route"

Journaliste à l’origine des révélations de Qatargate, Éric Champel publie « Foot: la machine à groyer », une enquête qui met en lumière les dérives de la formation à la française à l’ère du « foot-business ». Entrevue.

Dans la file d’attente, la France deux fois championne de football et la reconnaissance de l’excellence de son vivier de talents et de sa formation, dont Mbappé est aujourd’hui le meilleur représentant. D’autre part, il y a les dérives du football business qui, espérant trouver la pépite de demain, fait briller les jeunes du plus beau des rêves, avant de les laisser sur le bord de la route.

C’est ce côté sombre qu’Eric Champel, ancien reporter principal de France Football à l’origine des révélations sur les conditions d’attribution douteuses de la Coupe du monde 2022 au Qatar, explore dans une nouvelle enquête, « Foot: la machine à groyer », publiée par les éditions Solar.

«En 2016, une étude a établi le ratio suivant: sur 100 000 licenciés de 11 ans, 700 signent un accord préalable avec un club professionnel. Sur ces 700 jeunes, 250 obtiennent un contrat de formation d’au moins un an »et de ces 250 Parmi les jeunes en formation, seule une petite fraction rejoindra un jour un club, rappelle le journaliste en préambule. « A 11 ans, à l’âge où tout se passe, surtout si vous avez la tête pleine d’idées, la probabilité de devenir un jour joueur professionnel est encore comparable à celle de remporter un tirage au sort pour un grand Lotto for Success Opportunity sur 100 000 , dans le meilleur des cas? », demande-t-il.

Alors que l’observatoire du football CIES a révélé cette semaine que les clubs de Ligue 1 sont, parmi les cinq grandes ligues européennes, ceux qui mettent le plus l’accent sur les jeunes talents de moins de 21 ans, Éric Champel revient sur le fond de cette excellence française.

France 24: le premier chapitre de votre livre raconte l’histoire de Tom Lartigue, un naufragé du football. En quoi votre histoire personnelle est-elle représentative des autres destinations que vous proposez?

Éric Champel: Tom Lartigue est symbolique. C’est un naufragé du football et en même temps il n’a pas abandonné. Il a été formé au Toulouse Football Club, mais n’a pas été retenu. Il a donc fait une longue recherche pour récupérer. Vous testez vous-même en Suisse. Jouez à Carcassonne. Il a une aventure en tête-à-tête dans une division inférieure en Espagne. Il se retrouve dans un club allemand, où il est payé avec des frondes, au point qu’il finit par manger grâce à l’argent du dépôt de bouteilles en plastique dans les supermarchés locaux …

Aujourd’hui, Tom Lartigue a repris ses études pour postuler dans une université américaine, où il espère se remettre pour jouer à un bon niveau. Il a tout connu: les rêves et les difficultés, et il s’y accroche toujours. Sa carrière est celle de jeunes footballeurs non retenus à la fin du centre de formation qui rejoindront les rangs du « football », c’est-à-dire de ces footballeurs prolétariens qui tentent désespérément de réussir.

Ce qui est fascinant à son sujet, c’est qu’il a joué contre Kylian Mbappé alors qu’il était encore au centre d’entraînement du TFC, dans un match où chacun a marqué un but. Cette anecdote en dit long sur ces trajectoires ascendantes ou descendantes dans le football, et elles en prennent très peu. Ce livre est aussi l’histoire de la confrontation de ces jeunes avec la violence des centres de formation qui, un jour, leur disent qu’ils ne sont pas détenus. C’est l’histoire de cette machine de rêve qui oublie de dire que pour un Mbappé, des milliers de jeunes restent sur le bord de la route.

Dans ce livre on a l’impression que le footballeur se transforme en produit dès son plus jeune âge, voire en proie. Pouvez-vous nous parler des différents joueurs qui gravitent autour de ces jeunes joueurs dans l’espoir d’en profiter?

Les jeunes joueurs sont une proie, car l’industrie du divertissement sportif a créé une «entreprise de football» qui doit être constamment entretenue. Il faut donc rechercher des jeunes talents où qu’ils se trouvent, en France et, en particulier, en Île-de-France. Le football génère tellement d’argent que derrière un jeune joueur, il y a beaucoup de gens qui essaient de capitaliser sur son succès: ses parents, qui veulent souvent accompagner la pépite familiale. Des éducateurs, parfois désireux de gratter une petite note car ils ont contribué à la formation du joueur. Les agents, doués pour faire trembler le miroir aux alouettes, les intermédiaires qui veulent leur part du gâteau. Il existe désormais aussi des clubs amateurs, qui se positionnent comme de véritables centres de formation qui ne parlent pas de leur nom en exposant les jeunes et en servant de tremplin aux centres de formation.

Cela va trop loin. La mission principale des clubs de football est de former et de soutenir les jeunes. Comme l’a conclu un éducateur de Trappes, le rôle de l’éducateur est aussi d’empêcher ces jeunes de «rester au pied des immeubles». Il existe un véritable vivier de talents en Île-de-France, mais votre priorité doit être de les transformer en citoyens éduqués, pas en marchandise.

La question qui se pose tout au long du livre est aussi celle du statut de l’éducateur de football. Comment gagner décemment sa vie grâce à son travail d’éducateur et éviter d’avoir un double rôle en devenant agent ou en souhaitant participer à une relocalisation? Il doit être reconnu pour son rôle de soutien social. Il faut faire confiance aux joueurs sur le terrain … au football.

La fédération est-elle consciente de ces problèmes?

Avec les récentes élections, le président de la ligue de football de Paris-Île-de-France, Jamel Sandjak, a rejoint le comité exécutif de la fédération. Il a récemment signé une chronique dans Le Monde qui résume ce que j’ai dit récemment: comment promouvoir l’éducateur dans le football amateur?

Elle est donc consciente de tous les excès, mais pour que cela change, elle aura besoin du soutien de la fédération et des pouvoirs publics. Il y a un besoin urgent de réfléchir.

Quelle est l’attitude des centres de formation et des clubs professionnels face à tout cela? Est-ce qu’ils alimentent cette entreprise?

Le commerce est l’affaire de nombreux clubs. Il s’agit de trouver des jeunes, de les préformer, de les former, de les exposer, pour pouvoir les vendre au meilleur prix. La Ligue 1 est désormais prise à son propre piège car elle est pillée par des clubs étrangers.

Avec la crise du Covid-19 et le fiasco Mediapro, le football français sera contraint de réinventer un modèle économique et ne pourra le faire sans avoir des clubs amateurs. C’est l’occasion de voir comment protéger la formation française. Nous devons sortir de l’hypocrisie de dire que la loi Buffet est suffisante. Il faut que les États généraux protègent la formation à la française et en capitalisent tout en veillant à ce que chaque acteur en profite. Aujourd’hui, le capitalisme sauvage du football a perverti tout le système et va nous faire exploser la face.

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