Frédéric Thiriez: « Le football traverse la crise la plus grave de son histoire » – clicfoot

Categories

Frédéric Thiriez: « Le football traverse la crise la plus grave de son histoire »

« Les hommes rêvent plus de revenir que de partir », selon les mots de Paulo Coelho. Président de la Ligue de football professionnel (LFP) depuis près de quinze ans, Frédéric Thiriez tente désormais de revenir au football français. L’avocat du Conseil d’État et du Conseil constitutionnel, âgé de 68 ans, vise à remporter la présidence de la Fédération française de football (FFF) et espère donc succéder à « son meilleur ennemi » Noël Le Graët, en poste depuis 2011 Son point de vue, ses ambitions, l’équipe de France, Karim Benzema, le football amateur… Frédéric Thiriez dévoile son programme et se rend, à quelques semaines des élections du 13 mars.

LIRE AUSSI Hiriez – Sport et culture, même combat

LIRE AUSSI Hiriez – Sport et culture, même combat

Le Point: Ils l’ont quitté en 2016 lorsqu’il a démissionné de son poste de président de la LFP. Pourquoi avoir choisi, quatre ans plus tard, de briguer le poste de président de la FFF?

Frédéric Thiriez: Le football traverse la crise la plus grave de son histoire: crise économique, crise de gouvernance, crise de gestion dans la Fédération. Alors que les clubs professionnels luttent pour éviter la faillite, le monde amateur est au bord de l’étouffement à cause de la baisse du nombre de licenciés, de la fuite des sponsors et de la chute des aides publiques ou fédérales. Pourtant, le football amateur avec ses deux millions de licenciés, ses 15 000 clubs et ses 400 000 bénévoles est l’avenir et la raison d’être de la Fédération. Parce que dans le football, ce sont les masses qui composent l’élite. Parce que le football est bien plus qu’un sport, c’est un moyen irremplaçable d’éducation, d’apprendre à vivre ensemble et de cohésion sociale. Cela aide à ressouder une France fracturée, c’est devenu le ciment de notre société. Notre responsabilité sociale est écrasante. C’est le cœur de mon engagement! Je crois que mes 25 années d’expérience en tant que bénévole, d’abord dans la Fédération, puis dans la Ligue, peuvent être utiles pour résoudre cette crise.

Votre priorité est de mener le combat pour le football amateur. Quelles sont vos propositions? Quelles sont vos ambitions pour la FFF?

D’une part, je propose un plan d’urgence pour aider les fan clubs à faire face à la crise; d’un autre côté, je propose un plan ambitieux pour le développement de la pratique du football à moyen terme. D’abord un plan d’urgence: je propose de débloquer immédiatement 40 millions d’euros pour soutenir les clubs amateurs, en contractant un prêt garanti par l’Etat, remboursable en cinq ans. D’autres fédérations l’ont fait, le tennis par exemple, et je suis surpris que la fédération de football ne l’ait pas envisagé.

Comment diffuser cette aide? Je propose que cette opération soit décentralisée, c’est-à-dire que l’enveloppe soit répartie entre les ligues régionales de France métropolitaine et d’outre-mer. Il leur appartient, avec les présidents de district qui sont au niveau local, d’allouer l’aide aux clubs en fonction de leur situation et des difficultés qu’ils rencontrent. Faisons confiance aux élus sur le terrain!

A moyen terme, je propose un développement ambitieux du football. La France est devenue un grand pays du football grâce à ses équipes nationales, elle ne peut se contenter d’avoir moins de deux millions de licenciés: il y a sept millions de licenciés en Allemagne, huit en Angleterre! J’ai l’ambition d’atteindre quatre millions de licenciés en moins de dix ans, dont un million de femmes. Et je propose un plan détaillé pour atteindre cet objectif.

Est-ce raisonnablement possible?

L’objectif n’est pas irréaliste, tant qu’il y a de la volonté et que nous unissons les énergies. En France, il y a entre quatre et cinq millions de personnes qui jouent régulièrement au football, mais moins de la moitié des licenciés! Il faut les rapprocher du cœur des clubs, notamment en promouvant de nouvelles pratiques: le futsal, le futsal, le foot et, bien sûr, le football féminin, qui est à lui seul le principal levier de croissance. Bien entendu, les médias doivent suivre, notamment du point de vue des équipements sportifs. C’est pourquoi je propose un plan d’équipement que j’ai appelé «1 000 lots», qui vise à doter les zones urbaines et rurales de champs synthétiques qui font cruellement défaut dans cinq ans. Ce plan, que j’estime à environ 500 millions d’euros, pourrait être financé par le plan de relance français qui, je vous le rappelle, s’élève à 100 000 millions d’euros. Ce plan d’investissement pourrait également contribuer à la reprise économique.

Toujours pour atteindre cet objectif, je propose de recruter les 3.000 arbitres qui nous manquent, et surtout de les fidéliser, de mieux les protéger des attaques, et de les former beaucoup plus jeunes. Je propose également d’aider les clubs à rémunérer les éducateurs en passant de un à dix millions d’euros le Fonds d’aide au football amateur (Fafa) pour l’emploi. Enfin, il est absolument impératif que nos 400 000 bénévoles, sans qui le football amateur n’existerait pas, bénéficient de la reconnaissance nationale, par exemple sous forme d’avantages fiscaux ou de primes de retraite. Comme W. Hazlitt l’a dit: «Là où il y a une volonté, il y a un moyen. « 

LIRE AUSSI Daniel Riolo: « La France manque d’intellectuels qui pensent au football »

LIRE AUSSI Daniel Riolo: « La France manque d’intellectuels qui pensent au football »

Vous êtes une personnalité bien connue des fans de football, mais beaucoup moins du football amateur. Ne craignez-vous pas que votre image de footballeur professionnel vous nuise?

Je n’ai pas honte d’avoir été président de la LFP pendant 14 ans. Je crois sans fausse modestie que cela m’a donné une solide expérience dans la gestion et la gestion de crise. Aussi, je crois me souvenir que l’actuel président de la fédération était lui-même président de la Ligue professionnelle… Parfois, nous avons peu de mémoire. Je me souviens seulement que mon implication dans le football a commencé dans la fédération il y a longtemps, plus de dix ans avant mon élection à la LFP. Au cours des deux derniers mois, j’ai parcouru les ligues régionales et de district, je continuerai également à le faire jusqu’aux élections, et je peux vous assurer que mes contacts avec le football amateur sont particulièrement riches et amicaux.

Didier Deschamps l’a accusé d’adopter «un discours démagogique» sur le déséquilibre entre football professionnel et football amateur. Quelle est votre réponse?

J’ai une relation de confiance durable avec notre coach, que j’ai toujours admiré pour son travail. En 2008, j’avais également proposé à la fédération d’être entraîneur, malheureusement je n’ai pas été suivi à l’époque par le président de la FFF. Quant au « discours démagique » que vous évoquez, Didier Deschamps m’a tout de suite écrit pour me dire que ce n’était pas moi qu’il visait avec ses mots …

LIRE AUSSI « Le monde du football attire de nombreux brutes »

LIRE AUSSI « Le monde du football attire de nombreux brutes »

Vous le président de la FFF, Didier Deschamps, serez-vous toujours l’entraîneur de l’équipe de France?

Sans aucune doute ! Ses qualités techniques et humaines, tout comme ses résultats, en disent long!

Pensez-vous qu’un quatrième mandat de Noël Le Graët, favori de cette élection, serait justifié?

Je n’ai jamais été candidat contre personne, je suis candidat pour un projet fédéral innovant auquel je crois.

Michel Moulin a récemment défendu Karim Benzema dans l’affaire entre lui et l’entraîneur des Bleus. Êtes-vous sur la même longueur d’onde?

Je serai très ferme sur ce point: le rôle du coach est de choisir les meilleurs joueurs, de former la meilleure équipe. Le président de la fédération n’a pas à s’immiscer dans quoi que ce soit de son élection.

Quant à la Ligue 1, Vincent Labrune est-il le bon homme pour le poste?

À mon avis, il est le seul homme à pouvoir sortir la Ligue de l’ornière dans laquelle elle s’est engagée. Nous sommes amis depuis longtemps et il a toute ma confiance.

Vous avez élu président de la FFF, quelles seraient vos premières décisions?

Premièrement, le lancement du prêt garanti par l’État pour financer l’aide d’urgence de 40 millions d’euros. Deuxièmement, un audit interne du siège de la fédération à Paris, en proie à des conflits internes, pour mettre la machine en marche.

Vous parlez d’un nouveau gouvernement. Pouvez-vous nous dire ce que vous entendez par là?

Il est révolu le temps où les choses se décidaient d’en haut, avec autorité et verticalement. Il n’y a pas de gouvernance moderne inspirée par l’écoute du terrain, la concertation et le respect des élus du football. C’est une nouvelle méthode que je souhaite introduire, basée sur l’écoute et la proximité. Je ne comprends pas pourquoi le siège parisien de la fédération est passé de 220 à 350 salariés en quelques années, alors que les charges de personnel ont augmenté de 60%. Est-ce défendable? Tout comme l’État a fait sa révolution en 1981, je propose que le système fédéral soit décentralisé en transférant les compétences et les responsabilités aux ligues et districts régionaux. De plus, je propose d’impliquer d’anciens internationaux, qui font la richesse de notre football. Ils pourraient, par exemple, être des ambassadeurs du football dans les territoires.

Confidentialite - Conditions generales - Contact - Publicites - Plan du site - Sitemap