« La période actuelle catalyse les faiblesses du football professionnel » (Christophe Lepetit) – clicfoot

Categories

« La période actuelle catalyse les faiblesses du football professionnel » (Christophe Lepetit)

"La période actuelle catalyse les faiblesses du football professionnel" (Christophe Lepetit)

LA TRIBUNE – La mairie de Bordeaux vous a-t-elle demandé de réfléchir à un nouveau modèle d’organisation pour sauver le Football Club des Girondins de Bordeaux?

CHRISTOPHE LEPETIT, responsable des alliances et des études économiques au CDES – Nous avons en effet eu des entretiens avec des représentants de la ville de Bordeaux, mais tout cela est né de deux webinaires organisés en décembre dernier par le CDES sur la réglementation du football professionnel, dont celui de le capital social des clubs. Webinaires suivis de la publication d’une chronique sur le sujet dans les colonnes du quotidien « Le Monde ». Autant d’initiatives de notre centre qui s’inscrivent dans une démarche universitaire classique mais ce n’est pas du tout un ordre. Quant à Pierre Hurmic, il a eu l’occasion d’aborder cette question bien avant d’être élu maire de Bordeaux. Cette recherche académique nous sort du cas unique des Girondins de Bordeaux.

Quelles sont les caractéristiques actuelles de la crise provoquée par la pandémie dans le monde du football professionnel?

Avec les effets conjugués de la crise sanitaire et des droits télévisuels, la période actuelle catalyse les faiblesses du football professionnel, dominé par une financiarisation croissante et des besoins importants de soutien financier. Cela rend les clubs encore plus dépendants des ventes de joueurs et du remboursement des droits de diffusion – une faiblesse mise en évidence par l’affaire Mediapro. Le sport professionnel doit être réglementé avec une large approche réglementaire, pour sortir du «plafond salarial» (plafond salarial -ndlr) et de l’activité de transfert de joueurs.

Lire aussi: La Super League, le point culminant d’une « entreprise de football » à la dérive

Avec quel nouveau type d’organisation envisagez-vous de quitter le système actuel?

Le modèle auquel nous pensons peut être défini de trois manières: la réglementation sportive avec une réflexion sur les formats de compétition en particulier; régulation financière avec prérogatives étendues de la DNCG (Direction nationale du contrôle de gestion / police financière des clubs professionnels -ndlr) et régulation du marché du travail des joueurs. Tout cela doit se faire dans le cadre de discussions collectives, avec un calendrier d’accompagnement clairement défini.

Christophe Lepetit, directeur des alliances et des études économiques au CDES (crédits: CDES)

L’argent joue un rôle décisif dans la vie des clubs de football professionnels, dont les joueurs sont généralement les actifs négociables (enjeux) les plus importants. Comment abordez-vous cette question?

Le changement de modèle organisationnel pose la question de la propriété des clubs. En France, le changement s’est produit dans les années 1980, lorsque les associations sportives ont commencé à se transformer en sociétés sportives. Changement qui a ouvert les portes du capital social des clubs aux riches propriétaires, comme Bernard Tapie en son temps à l’Olympique de Marseille, puis aux fonds souverains, comme celui du Qatar, au PSG et aux fonds d’investissement internationaux, comme King Street. dans le FCGB.

Pour sortir de cette logique, nous travaillons sur d’autres modèles d’organisation. Par exemple, dans les associations de football allemandes sont majoritaires, c’est la règle des 50 + 1%, qui prévaut même dans les grands clubs comme le Bayern Munich. C’est le genre de règle que nous pourrions adapter à la France. Également avec des options telles que l’association de partenaires (sympathisants) avec le capital social. Parce que le capital privé a alimenté la dérive dans la financiarisation des clubs.

Lire aussi: Gauche par King Street, les Girondins de Bordeaux se retrouvent devant le tribunal de commerce

Compte tenu de la situation, pensez-vous qu’il existe un risque que, dans toutes les proportions, le football professionnel français connaisse dans les mois à venir une crise aussi dévastatrice que celle de la métallurgie à la fin des années 1970?

Il y aura de très grandes difficultés, qui pour l’instant sont contenues par toutes les mesures déployées par le gouvernement pour faire face à la crise, à commencer par les prêts garantis par l’État (PGE) ou les exonérations de charges. Cela permet aux clubs de tenir pour l’instant, mais des difficultés se manifesteront une fois cette aide terminée, d’autant plus que la question des droits de télévision reste en suspens et que le marché des transferts internationaux ralentit.

Dans un premier temps, les clubs de football de Ligue 1 pouvaient compter sur 1 300 millions d’euros, avec Mediapro. Aujourd’hui, nous sommes aux alentours de 760 millions d’euros sans savoir qui diffusera et pourquoi c’est important les matches de Ligue 1 en 2021/2022. Le Football Club des Girondins de Bordeaux n’est pas le premier grand club à être au bord de la faillite. Le club lillois aurait également pu se retrouver en difficulté s’il n’avait pas été acquis par les nouveaux investisseurs l’année dernière.

Vous ne croyez donc vraiment pas à une crise massive dans les clubs de football professionnels français?

Dans six mois peut-être, les choses ont beaucoup changé en termes de droits de télévision et de transferts, ce qui permettrait à la crise de passer. Et peut-être que les bonnes leçons ont été tirées de ce moment.

Voyez-vous une tendance à l’œuvre dans ce qui pourrait devenir une recomposition du paysage national du football?

Deux voies se dessinent actuellement. En premier lieu, celui qui fonctionne depuis plus de vingt ans et produit un durcissement continu des compétitions dans l’élite des clubs professionnels. C’est le schéma de la Super League. Il s’agit de créer un vide, faute de combattants, pour se concentrer sur les clubs les plus riches. L’autre voie est celle de la solidarité, du développement durable, qui implique un mouvement de régulation globale.

Depuis l’arrêt Bosman, le sport est considéré par l’Union européenne comme une activité économique comme les autres. Qu’il suffise de dire que nous ne pensons pas que ce soit entièrement vrai. Quoi qu’il en soit, il faut noter que la forme de régulation peut être terrifiante, provoquant de fortes réactions hostiles. Mais si nous continuons pendant une vingtaine d’années, c’est l’endurcissement de l’élite qui l’emportera. Sans doute un retour de la Super League avec un autre nom et un appauvrissement accéléré des clubs de football qui ne pourront pas suivre le mouvement, car ils n’en ont pas les moyens financiers.

Suivez La Tribune

Confidentialite - Conditions generales - Contact - Publicites - Plan du site - Sitemap