« La Superligue est un ballon de foot de Walt Disney », selon Christophe Lepetit – clicfoot

Categories

« La Superligue est un ballon de foot de Walt Disney », selon Christophe Lepetit

"La Superligue est un ballon de foot de Walt Disney", selon Christophe Lepetit

En 2021, la fuite d’un projet de Super League s’est accélérée. Il rassemblerait 15 clubs permanents et fondateurs (Manchester United, Manchester City, Liverpool, Arsenal, Chelsea, Tottenham, Real Madrid, Barcelone, Atlético de Madrid, Juventus, Inter, AC Milan, Bayern Munich, Dortmund et PSG), avec cinq clubs invités chaque saison. Chaque équipe jouerait un minimum de 18 matchs par édition. Les six premiers recevraient 350 millions d’euros chacun tandis que 4 000 millions d’euros seraient distribués. Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d’économie du sport (CDES) de Limoges, analyse cette nouvelle version d’une idée lancée à la fin des années 1990.

La Super League est-elle un projet avancé ou juste une menace?

CHRISTOPHE LEPETIT. C’est toujours difficile à savoir. La menace est urgente. Si la FIFA et les confédérations se sont exprimées en défense la semaine dernière, c’est probablement parce que le projet prend forme et prend corps. Tant que les institutions sportives pourront garantir de plus en plus de revenus et une place dans la prestigieuse Ligue des champions, la menace restera une menace. Nous parlons de cette Super League depuis trente ans. Le jour où l’UEFA, fatiguée de céder aux demandes des grands clubs ou simplement de ne pas pouvoir mettre autant d’argent sur la table que ce qui a été promis aux membres de la Super League, nous pourrons entrer dans une phase opérationnelle.

La pandémie accélère-t-elle le processus?

La situation offre un terrain fertile pour ce genre d’idées. La crise leur permet de trouver des oreilles qui écoutent. Mais, même dans une ligue fermée, le déficit continuera de se produire avec une pandémie. Le PSG, qui souffre surtout du manque de revenus des matchs dans le Parc, n’est pas affecté par le fait qu’il joue dans une ligue ouverte mais parce qu’il n’y a pas de public. La ligue fermée ne changerait pas l’histoire de ce point de vue. Mais clairement, la crise oblige chacun plus que jamais à défendre ses propres intérêts.

Les très grands clubs ont un jackpot de 4 milliards d’euros alors que l’UEFA tire 3,25 milliards d’euros pour trois compétitions (Ligue des champions, Ligue Europa et Super Coupe). Comme ils le font

Nos informations sur le club de la capitale

Nos informations sur le club de la capitale

C’est surprenant. Parce que ces 15 clubs n’ont pas d’organisation représentative, d’association ou d’entreprise, qui peuvent discuter avec les médias du monde entier. Il est difficile de savoir comment ces discussions se sont déroulées, entre quelles parties prenantes et si ces chiffres sont vrais. Il y a probablement des joueurs intéressés à investir de l’argent avec la garantie de la présence chaque année des 20 meilleurs clubs européens, comme les médias traditionnels ou les nouveaux médias. Ou un fonds d’investissement, ou des agences qui garantissent ces 4 milliards avant d’aller négocier avec les opérateurs de télévision et de marketing pour rendre cet argent.

Six des quinze clubs de cette ligue fermée viennent d’Angleterre, une ligue très riche. Quel est ton intérêt?

Les Anglais sont généralement liés à leur championnat national. Je ne vois pas l’utilité de tuer la Premier League, qui est très rentable, potentiellement plus que la Super League. Historiquement, les fans anglais sont plus motivés par les matches de championnat que par ceux de l’UCL. Le soutien public n’est pas garanti.

En France, des supporters ont déjà indiqué leur rejet d’un tel projet. Qui serait intéressé par la Super League?

Les supporters sont très attachés au mérite sportif, à l’ancrage territorial des clubs. Cette Super League n’a plus rien à voir avec le football tel que nous le connaissons. C’est une sorte de multinationale, un Walt Disney du football. Une partie des fans la suivrait et c’est sans doute celui qu’elle vise mais tous les autres ne sont pas enclins à vouloir la suivre. Dans le cas où le PSG cesserait de jouer en Ligue 1, les supporters ne le verraient que dix fois par an contre Barcelone, le Real Madrid ou Manchester. Je ne suis pas sûr qu’ils resteront avec lui à long terme.

Quelle est la motivation du PSG à participer?

Les grands clubs sont naturellement intéressés par ce projet car il est potentiellement rentable. Cela leur permet d’éviter un certain nombre de matches que certains clubs peuvent trouver peu utiles contre de petites équipes. Ce qui peut intéresser le PSG et le Qatar, c’est d’appartenir à l’élite européenne, dans cette compétition présentée comme la plus prestigieuse qui réunit les meilleurs clubs de la planète et s’il est possible de la gagner un jour.

N’était-ce pas votre grand rêve de remporter la Ligue des champions historique?

L’ambition du PSG est d’être le plus grand club du football mondial et s’il remportait cette Super League demain, il atteindrait toujours cette position. Cependant, à moins de remporter la Ligue des champions avant la mise en place éventuelle de la Super League, elle n’aurait pas la même place dans l’histoire du football.

La crise nous oblige à nous réinventer, disent-ils. La Super League est-elle une « réinvention » pertinente à votre avis?

Nous devons clairement mettre toutes les questions sur la table, car le moment est venu de le faire. Parmi les sujets, il y a la Super League. Aucune solution ne doit être carrément exclue. Mais plus que d’avoir un projet imposé par une petite oligarchie de clubs, on pense au CDES qu’il serait plus intéressant de réfléchir parmi les footballeurs et avec les représentants des médias, les sponsors et les supporters. Prenons les bonnes décisions basées sur l’intérêt collectif plutôt que sur la somme des intérêts individuels.

Confidentialite - Conditions generales - Contact - Publicites - Plan du site - Sitemap